(d’après un article d’Olivia Derreumaux, paru dans « Le Figaro » du 10 avril 2011 et un autre de gk (?) paru dans « Horizons et débats », journal suisse en ligne, n° 30 du 2 août 2011).
Bonjour,
J’ignore si vous êtes au courant de ce qui s’est passé en Islande, mais de tout manière vous le saurez après avoir lu cet article.
Après la crise économique et financière de 2008, les trois banques islandaises ont été emportées dans le tourbillon de la débâcle financière américaine.
La raison en est simple : comme beaucoup d’autres banques (y compris évidemment des banques françaises), elles ont participé aux spéculations financières incroyables qui ont provoqué la crise dite des subprimes, avec, comme dans tous les cas, très peu de fonds propres. Elles sont devenues rapidement insolvables. Au total, leur dette cumulée a atteint le chiffre de 100 milliards, ce qui représente 3 fois le PIB de l’Islande (311 000 habitants).
Comme dans beaucoup d’autres cas, le gouvernement a nationalisé les trois banques afin de maintenir au moins les tractations financières. De nombreuses PME ont fait faillite, le taux de chômage est passé de 2 à 8 %, etc.
Les Islandais se sont imaginé qu’un changement de gouvernement, allié à une adhésion proche à l’EU allait les sortir de cette situation catastrophique.
L’Islande a d’abord été obligée de demander l’aide du FMI ; le nouveau gouvernement social-démocrate a été dans l’incapacité de se porter garant des dettes des trois banques. Les spéculateurs européens, essentiellement venus de Grande-Bretagne et des Pays-Bas ont exercé des pressions sur lui. Pendant des années, ils avaient empoché, grâce à une banque en ligne filiale de l’une de ces trois banques, des intérêts très conséquents et ils ne voulaient pas admettre qu’ile devaient supporter les conséquences de leurs spéculations.
Leur influence été tellement grande au sein de leurs pays d’origine que ceux-ci ont réclamé dès lors le remboursement de cet argent à l’Islande.
C’est là que tout se joue.
Le gouvernement et le parlement islandais étaient prêts à rembourser cet argent (est-ce que ça ne vous fait pas penser à quelque chose ?), soit 3 800 000 000 d’euros, c’est-à-dire environ 40 % du PIB et plus que le budget total du pays.
Les Islandais se sont mobilisés et 90 000 d’entre eux, soit environ 1/3 de la population ont adressé une pétition au gouvernement et ont réclamé avec succès un référendum sur la question.
Au mois de mars 2010, lors de ce référendum, 93 % des citoyens islandais ont refusé de cautionner de cautionner les dettes en question, d’autant plus qu’elles étaient occasionnées par des spéculations de pays étrangers.
La Grande-Bretagne et les Pays-Bas ont lâché un peu de lest, notamment en abaissant le taux d’intérêt de ce prêt et ont prolongé les échéances jusqu’en 2046.
Malgré le résultat du référendum, le gouvernement et le parlement islandais acceptèrent nouvelle fois cette offre (est-ce que ça ne vous fait pas penser encore à une autre chose ?), toujours dans l’intention d’adhérer à l’union européenne.
Le 5 janvier 2010, le président islandais a surpris tout le monde en refusant de ratifier la nouvelle loi sur le remboursement des clients étrangers de la banque en question ; il exigea la tenue d’un nouveau référendum qui a eu lieu en avril 2011. Les Islandais, peu attirés par la perspective de devoir vendre leurs pêcheries et leurs ressources énergétiques (regardez ce qui se passe en Grèce, par exemple) ont réitéré leur non à 60 %.
La Grande-Bretagne et les Pays-Bas ont continué de soutenir leurs spéculateurs et ont menacé de porter plainte contre l’Islande devant la cour de justice de l’AELE. L’affaire est toujours en cours. Jusqu’ici, aucun document n’a pu être produit qui prouverait que l’État a offert des garanties aux spéculateurs.
En revanche, la situation économique de l’Islande s’améliore peu à peu, le taux de chômage baisse, les pêcheries et le tourisme sont en plein boom. La chute du taux de croissance qui avait atteint, en 2010, son point le plus bas, (-7%), a pu être freinée. Le taux d’inflation, qui était monté à 19% en 2001, est redescendu à 1,9% en février dernier. La production industrielle également a augmenté de 19% en 2009 l’année dernière.
Les économistes parlent déjà du «miracle de l’après-crise».
Pourquoi ? Une des raisons en est que l’Islande a sa propre monnaie.
De plus, les partisans du « non » ont clairement indiqué qu’ « il n’y a jamais eu d’obligation légale pour les citoyens islandais d’assumer les pertes d’une banque privée ». C’est clair, net et précis.
En France, nous en sommes loin d’une telle situation au nom du « libéralisme » qui interdit que nous fassions entrave aux outils des profiteurs de la crise ! Les banques ont repris leurs habitudes en oubliant que ce sont leurs erreurs qui ont eu comme conséquences une crise économique sans précédent.
Les contribuables français ne devraient-ils pas imiter leur homologues islandais ? On peut au moins se poser la question !
En Allemagne, le ministre des finances a déclaré qu’il préférait que les banques qui échoueront aux tests sur leur solidité financière ferment plutôt que de les aider en leur accordant de nouveaux prêts d’État.
Dans le même temps, les pays de l’Europe du Sud (France y compris) pratiquent une sorte de « méthode Coué » en indiquant que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. L’Espagne, le Portugal, la Grèce et d’autres oublient simplement que, au bout du compte, le phénomène est identique partout et se décline en trois temps :
1 – les banques sont en difficulté ;
2 – les États se surendettent au nom de l’efficacité économique qui les contraint à sauver les banques ;
3 – tous les salariés (en particulier) contribuables payent l’addition de ces erreurs, soit par une augmentation de leurs impots, soit par une envolées du nombre des crédits, soit enore par une augmentation énorme du chômage, voire par la perte totale de la notion de solidarité nationale, etc. et enfin et surtout :
4 – l’« ardoise » n’est pas bien répartis puisque les plus faibles (les moins riches et les pauvres) sont touchés avec beaucoup plus de force que celles et ceux qui ont les moyens financiers d’amortir le choc.
On peut donc au moins se poser la question : sommes-nous obligés, au nom d’une prétendue « solidarité » qui n’existe que dans l’esprit de ceux qui en parlent (essayez donc de demander un prêt à une banque lorsque vous êtes chômeur en fin de droits), de payer pour les erreurs des banques qui nous ont « mis dans la panade » ?
C’est ce que, apparemment, veulent faire les gouvernements. Êtes-vous d’accord ?
C’est peut-être le moment de demander la création de ces fameux « referendums d’initiative populaire » dont on nous a tant parlé !
Guy